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Education et Punitions |
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Eduquer un chiot est loin d'être une chose que quiconque peut réaliser avec succès. Le chien est un animal social complexe qui, un des seuls parmi les animaux, peut former un lien social intrigué avec les humains. Ce lien est un savant mélange de comportements innés et d'éducation morale et ne peut s'établir qu'avec des personnes qui sont en bon rapport avec lui. Le fondement affectif équilibré est la première pierre dans la construction de l'enseignement. Beaucoup de maîtres ignorent cette donnée psychologique de base. Une éducation permissive affaiblit le lien et favorise les nombreux problèmes de comportement que nous voyons tous les jours. Une éducation rigide, excessive, avec une discipline inconditionnelle, crée rarement un lien enthousiaste. La punition viole ce principe de base : la nécessité du contact. Chaque fois que vous punissez le chien, vous lui apprenez à vous craindre, voire à vous détester. Quand vous frappez un chien d'un an, c'est comme si vous fessiez une personne d'une vingtaine d'années. Vous ne suscitez qu'une réaction plus violente de sa part (et c'est bien normal). Les positions de socialisation sont idéales pour construire le lien. Réalisées en douceur, elles vous permettent de prendre la position dominante du chef de meute, ce qu'en fait recherche le chiot : un guide éclairé, fort et doux. Les chiots n'apprennent pas par un processus intellectuel mais par une atteinte physique, de préférence non douloureuse. Le chiot remet toute sa confiance au chef de clan et se soumet à son autorité sans rien perdre de sa personnalité propre. L'animal doit être en condition d'apprendre, non seulement par l'affection mutuelle que le maître et lui se portent, mais aussi de manière intellectuelle. S'il est préoccupé par un jeu intense avec des compagnons, ce ne sera pas le moment de lui apprendre à se coucher sur commande. Concentré dans une activité sociale intense (jeu, bagarre), il peut devenir sourd à vos appels les plus pressants. Il faut un minimum de réceptivité, un animal pas trop fatigué ni malade. N'essayez pas d'apprendre la propreté à un chiot atteint de verminose intestinale ou de diarrhée, vous courrez à un échec certain. Réceptivité et capacité à l'apprentissage sont les premières lois de l'éducation.
LES PUNITIONS La question des punitions est un problème controversé depuis longtemps. Un fait est certain, c'est que cette technique est utilisée par la mère avec des chiots de plus de 3 semaines d'âge. C'est à ce moment qu'elle met fin à leurs tracasseries continuelles en s'éloignant d'eux et en les secouant par la peau du cou. Nous constatons aussi que c'est une technique relativement peu efficace avec les humains, et pourtant largement utilisée, qui finit souvent par aggraver le comportement regrettable plutôt que l'améliorer. Cette technique apprend ce qu'il ne faut pas faire et non ce qu'il faut faire, elle n'incite pas à mieux se comporter. D'abord elle consiste en un renforcement négatif et joue donc dans certaines occasions le rôle d'une récompense qu'un chien pseudomasochiste recherche comme attention. Ensuite elle pousse le chien à éviter celui ou celle qui punit. Les punitions créent un sentiment d'hostilité, de rancune et un désir de vengeance. La punition est un stimulus d'aversion et en frappant un chien, la personne acquiert certaines propriétés de ce stimulus d'aversion et évoque des réactions désagréables et déplaisantes. Les punitions engendrent des réactions nerveuses qui interfèrent avec les leçons d'apprentissages et avec les relations amicales et enthousiastes entre l'homme et l'animal. Quoi qu'il en soit, la technique de punition entraîne parfois une rupture irréparable de la relation maître-chien. La stimulation douloureuse ou effrayante qu'entraînent les punitions provoque une réaction de fuite et d'autodéfense de la part du chien et, si elle est réalisée entre huit et dix semaines d'âge, il peut en résulter une imprégnation émotionnelle sous forme de peur indélébile. Ainsi, un chiot amené à la maison vers sept semaines, et entrant dans une période de développement de son comportement où les peurs s'imprègnent davantage dans le système nerveux (de 7 à 10 semaines), doit être éduqué pour la propreté. Si on le frappe et qu'on lui "met le nez dedans", le propriétaire qui était une source de plaisirs social et physique devient un élément de déplaisir, et ce phénomène est ancré dans le chien : le maître est à l'origine de réactions ambivalentes associées l'une au plaisir, l'autre à l'évitement. L'hésitation entre ces deux comportements est un processus classique pour la formation des névroses. En cas de peur ou de timidité excessive, la punition renforce et aggrave l'émotion, de retrait et de fuite, qui devient chaque fois plus persistante dans le système nerveux et plus difficile à traiter. La punition a pourtant son utilité et, réalisée correctement, elle aboutit là où d'autres techniques échouent. La punition a son mot à dire en cas d'urgence et de nécessité vitale. Si votre chien traverse la rue au risque de se faire renverser par une voiture, une punition immédiate verbale ou physique lui permettra peut-être de ne pas se faire écraser. Votre chien joue avec d'autres ; vous l'appelez mais il ne revient pas. Pire même il s'éloigne de vous et vous avez beau hurler, il ne vous entend plus. Vous l'attendez, vous êtes sûr qu'il a entendu et qu'il fait exprès de ne pas écouter. Vous êtes maintenant de mauvaise humeur. "Comment enseigner le rappel à ce cabot dans ces conditions ?", vous êtes-vous demandé. Finalement le voilà de retour (ils reviennent toujours à un moment ou un autre). Vous l'attrapez et vlan ! : une bonne raclée ! Une fessée stupide et inutile. Il y a longtemps que le chien a oublié que vous l'aviez rappelé et maintenant qu'il revient, et c'est ce que vous souhaitiez en fin de compte, vous le punissez. Vous lui apprenez à détester revenir. Mais davantage encore, le problème se situe dans votre propre comportement : vous tirez vengeance d'avoir dû attendre longtemps. La punition est votre soupape de mépris des lois de l'éducation. Gardez votre sang-froid ! N'oubliez pas que ce que vous entreprenez avec difficultés maintenant doit vous rapporter du plaisir pour plus de dix ans à venir. Quand
et comment administrer une punition ? Une précaution utile, pour éviter à la personne d'être associée au stimulus d'aversion, est la punition à distance. Un lance-pierre ou un pistolet à eau vous permettent d'agir à distance sans perdre votre naturel et votre innocence. Une boîte en fer remplie de billes fait un bruit épouvantable et peut suffire chez des chiots et des chiens sensibles, en les disposant aux endroits propices ; il en est de même d'une chaînette ou d'un trousseau de grosses clés. Là où une élévation de la voix suffit pour provoquer la soumission, prenez garde de ne pas frapper. La punition ou le degré de stimulus d'aversion dépend de chaque individu. Certains nécessitent une "raclée" quand d'autres se contentent d'un haussement de voix. Respectez la personnalité et la sensibilité de votre chien. Si votre chien refuse le rappel, menacez donc de l'abandonner. Cachez-vous et attendez son retour. S'il panique de ne pas vous voir, appelez-le gentiment et caressez-le fort de son retour. Si votre chien vous regarde à distance et refuse de revenir, éloignez-vous de l'autre côté comme pour l'abandonner. Il vous suivra de peur de se retrouver seul. Ces exemples utilisent la loi d'Attraction Sociale. Il ne faut pas oublier de respecter, chez les chiots, leurs besoins biologiques fondamentaux. Les chiots ont besoin de courir, de sauter et de faire du bruit, ce qui va à l'encontre des goûts des adultes qui ont besoin de paix, de tranquilité et d'ordre. Et pourtant il faut au chiot apprendre la coordination musculaire, l'habileté motrice et le contrôle des activités impulsives. Le contrôle du milieu est également désirable. L'environnement est réalisé pour des humains, posés et réfléchis, et pas pour des chiots turbulents et exubérants. Si la poubelle est accessible, vous allez au devant de quelques problèmes. Si le fil et les aiguilles à coudre traînent sur une table basse, vous risquez quelques ennuis d'ingestion de corps étrangers pointus et perforants. S'il a peu d'occasions de faire mal, votre vie à tous en sera facilitée, vous aurez moins besoin de punir et il apprendra moins de tours pendables. N'oubliez pas non plus le besoin qu'a l'animal d'imiter ses maîtres et ne vous étonnez pas si, après avoir planté de jolies fleurs, votre chien les a toutes retirées des plates-bandes. ___________________________________________ Source : "L'éducation du chien de 0 à 6 mois", Dr Dehasse, 1983 (épuisé) |